1942-01 à 1944-01 Correspondances d'Alger
Lettre 13 Janvier 1942. De Claude, depuis Alger, à Mme Berthe Casaï
Ma chère Berthe,
Quelle reconnaissance je vous dois !
Je m’étais promis d’aller à Genève après la guerre pour vous remercier. Mais jamais je ne pensais que vous me rendriez de nouveaux des services aussi grands.
Me voilà de nouveau isolé de ma famille et peut être pour assez longtemps. Ce qui m’inquiète le plus c’est la santé d’Anny, qui n’était pas très brillante. Et aussi j’espère que le problème de nourriture ne s’est pas trop aggravé. Qu’en dit-on en Suisse ? Et vous êtes vous dans une situation possible au point de vue alimentaire ?
Comment vont Marcel et Nicolas ?
Je souhaite surtout retrouver les miens en bonne santé. Le reste s’arrangera quel que soit l’état dans lequel nous retrouverons notre pays.
J’ai vraiment de la chance à côté de mes camarades, qui sont encore prisonniers, et la liberté est une douce chose.
Mais malheureusement les français, même libres, ont bien du mal à s’entendre entre eux, et cela démoralise ici tous mes amis.
Continuez à m’envoyer de vos nouvelles, vous me ferez toujours grand plaisir.
Vous savez qu’on a inauguré un service de télégramme par la Croix Rouge et j’espère recevoir des nouvelles de France aussi, mais pour l’instant nous n’avons rien reçu à Alger.
Recevez ainsi que Marcel et le fils, l’assurance de mes vieilles et reconnaissante amitié.
Claude
Le 01 Octobre 1942. Lettre de Claude depuis Alger, à Mme Legrand
Chère madame,
Je reçois aujourd’hui votre lettre du 22 Juin et vous en remercie vivement.
Ma santé est excellente. J’ai changé de métier et suis très satisfait ; j’étais très libre au début de l’été, et avec de bons amis, nous avons été beaucoup en week end au bord de la mer où nous avions ensemble une villa. Les bains dans ce pays sont merveilleux. Depuis début Septembre, je suis beaucoup plus pris, ayant passé un examen où beaucoup ont été refusé et qui m’ouvre un métier intéressant.
Je suis triste de ne pas être là pour aider ma femme dans ces moments difficile ; et ma seule crainte est de ne pas retrouver les miens en bonne santé. Le reste ne compte plus pour moi ; l’instruction de mon fils, il ne faut pas hésiter à la sacrifier à sa santé si c’est nécessaire ; par exemple habiter à la campagne.
J’espère que toutes mes affaires lui servent, qu’elle n’hésite pas à échanger mes affaires personnelles.
Si vous avez l’occasion de voir des personnes qui partent en France ; faites dire à ma femme et à mes enfants toute ma tendresse à leur égard.
Recevez (… ?)
Lettre de 1943 (date inconnue). De Claude – à Philippe
Cher Philippe,
Merci de penser à moi. Mes camarades prisonniers ont gardé une grande place dans mon coeur. La séparation avec ma famille, mes amies et mes ouvriers auxquels je pense, que je pourrais rendre tant de services actuellement m’est très pénible, mais Secrétaire Général du comité du vêtement et des ___ depuis plusieurs mois, je travaille avec passion. Toutes tes nouvelles me font un plaisir très vif. J’espère que tu pourras m’écrire de temps en temps. Je suis heureux de te savoir bien traité. J’ai d’ailleurs toujours été correctement traité moi même.
Télégramme du 14 Février 1943. De Claude, 3 rue Théophile Bressy à Alger, à Philippe, 14 rue de Londres, Paris 8e
Embrasse tendrement femmes et enfants, tous parents, amitié à tous. Pense beaucoup à vous. Suis en très bonne santé. Impatient vous retrouver de même.
Tendresses. Claude.
Carte du 03 Mars 1943. De Philippe Descamps, prisonnier 5463 kdo XI, camp « Traintenan » - à Claude à Alger
(NDLR : Le prisonnier 5463 : Ce
prisonnier était enregistré au Stalag XI (camp principal) mais affecté
au Kommando de "Traintenan". Il travaillait probablement dans une ferme,
une usine ou un chantier à proximité de ce lieu, tout en restant
administrativement rattaché au Stalag XI.
Ce système permettait aux Allemands d'utiliser la main-d'œuvre
prisonnière dispersée sur tout le territoire, tout en maintenant un
contrôle centralisé.)
Mon cher Claude. J’ai pensé un peu tard et je le regrette que ma situation me permettrait de faire l’agent de liaison entre toi et les tiens. Je me suis donc procuré ton adresse par mon père et il me charge de te faire savoir que ton épouse et tes enfants sont en excellente santé, que chez Agache tout va aussi bien que les circonstances actuelles le permettent. On demande en échange quelques détails sur ta vie actuelle qui doit être bien troublée. Tu as quitté une captivité pour une autre. Je souhaite qu’elle ne soit pas plus longue que la première. Si je vois que le contact peut s’établir. Je t’écrirai plus longuement la prochaine fois espérant alors te donner plus de détails sur les tiens. Heureux, si par là, je peux adoucir tes angoisses de père bien compréhensibles. Amitiés à tous ceux qui sont là bas. Bon courage et crois à mon amitié la plus dévouée.
Philippe Descamps
Le 17 Avril 1943. Lettre de Claude - à Daniel Leguret
Mon cher ami,
Ma santé est excellente. Merci beaucoup de vos cartes.
Je suis très occupé, étant secrétaire général du C.O. du textile et travaille avec l’ardeur que vous pouvez deviner, mais ma famille me manque terriblement.
(NDLR : Pendant l'Occupation, le régime de Vichy a créé des Comités d'Organisation (CO) pour chaque secteur industriel, dont le textile. Ils organisaient la production, la répartition des matières premières et la main-d'œuvre.)
Télégramme du 22 Mai 1943. De Claude, à Alger – à Agnès, 228 rue nationale à Lille
Chérie, merci deux messages donnant nouvelles de Thérèse. Santé excellente. Pense beaucoup à vous. Voudrais nouvelles de ma mère. Travail place René. Marco parfaitement. Amitié. Tendresses.
Claude
Télégramme du 21 Juin 1943. D’Agnés, 228 rue nationale à Lille - à Claude, à Alger
Tous parfaitement, mais ton père assez fatigué. Printemps pluvieux. Irons passer les vacances à Dinard. Avons été mariage « Pompée » Roussel – Jacques Wallaert. T’embrassons très tendrement.
Télégramme du 29 Juillet 1943. D’Agnés, rue Georges V à Dinard - à Claude, à Alger
Mon chéri, heureuse naissance d’un garçon chez Max Descamps. Sommes tous en bonne santé. Enchantés d’être en vacances. Tendres baisers de nous tous.
Télégramme du 11 Août 1943. D’Agnès – à Claude
Chéri,
Thérèse parfaitement guérie. Toute la famille en bonne santé. Mère actuellement à Vittel. Père vieilli mais semblable. Demande Phillippe nouvelles Raymond.
Enfants et moi t’embrassons tendrement.
Anny
Télégramme sans date. De Marguerite Saint-Léger, Hôtel des tilleuls, Vittel – à Claude à Alger
Très bonnes nouvelles Anny, enfants se tirent très bien difficultés actuelles. Filles grands progrès, tenue et raison. Vais bien. Rentre Wavrin Septembre.
Espérons retour
Tendresses
Télégramme du 06 Septembre 1943. De Marguerite Saint-Léger, Hôtel des tilleuls, Vittel – à Claude à Alger
Très heureuse d’avoir très souvent vos bonnes nouvelles par Anny et les savoir bien portants. Rentrerai Nord fin du mois. Espère revoir bientôt mon grand fils.
Tendresses
Télégramme du 25 Septembre 1943. De Mme Madeleine Thiriez à Lille – à Claude, à Alger
Passerons hiver confortablement avec Guy. Naissances attendues : Marthon Octobre ; Ghislaine Novembre ; Midou Décembre ; Cécile Mars. Pierrot toujours forestier. Recevons souvent enfants.
T’embrassons tendrement
Maman
Télégramme du 27 Septembre 1943. D’Agnès, Lille – à Claude, Alger
Chéri, ai loué petite maison Marlotte pour y aller si préférable. Compte m’y installer fin février. Suis enchanté cette solution. Envoie message René Descamps.
Tendresses
Télégramme du 07 Octobre 1943. D’Agnès, Lille – à Claude, Alger
Chéri. Merci message. Tous bonne santé ta mère fatigué. Denis souvent entérite. Atmosphère calme maintenant. Usines intactes. Paul Prouvost dîner ici hier. Impatients te revoir.
Tendresses
Télégramme du 07 Octobre 1943. De Mme Madeleine Thiriez à Lille – à Claude, à Alger
Alphone écrit ta maladie. Voudrions détail savoir si complètement remis. Te supposons avec Claude et Isoux. Ecris souvent Croix Rouge. Allons tous bien.
Baisers
Maman
Télégramme du 12 Octobre 1943. D’Agnès, Lille – à Claude, Alger
Chéri. Pensons beaucoup à toi. Francine part en pension à Bondues pour travailler calmement son bachot. Nicole « Dup ___ ». Thérèse Croix Rouge. Denis légère crise appendicite.
Tendresses
Télégramme du 28 Octobre 1943 de Nicole Saint-Léger, av Victor Hugo, Boulogne sur Seine à Claude, Alger
Papa chéri, suis à « Dupaulouf ». T’envoie meilleurs voeux-santé-bonheur pour Noël. Allons tous parfaitement. Attendons retour impatiamment. Francine penssionnaire « Boudu ».
Affectueux
Télégramme du 01 Décembrer 1943. De Fernande Saint-Léger, 71 quai d’Orsay, Paris VII. A Claude, Alger.
Vous envoyons vœux les plus sincères. Souhaitons vous revoir bientôt. Commes anxieux connaître avenir. Vu Annie, enfnats excellente santé. Passerons fêtes en famille Lille.
Baisers
Télégramme du 05 Décembrer 1943. De Francine Saint-Léger, au pensionnat du Sacré coeur à Bondue – à Claude, Alger
Papa chéri. Tous parfaitement. Allons acheter cadeaux de Noël pour maman. Temps froid et calme sauf quelques alertes. Suise heureuse en pension, reviens chaque semaine maison.
Tendresses
Télégramme du 7 Décembre 1943, de Castelnau Madeleine, rue Jean Baptiste Baudin 46, Dijon – à Claude, Alger
Toute famille bonne santé. Vu Annie et Mamie dernièrement. As-tu rencontré Gérald ? Comment va-t’il? Transmets lui nos bonnes nouvelles si possible.
Amitié
Télégramme du 7 Décembre 1943, de Madeleine Wattinne, 9 Place Mithouard, Paris à Claude, Alger
Affectueusement souhaits, « revoire » séjour vôtres. Tous parfaitement, bonne vie normale, ___ braves une pourvoient. Les Eugène bien, Francis aussi. Espère prompt retour.
Meilleur souvenir
Télégramme du 7 Décembre 1943, de Marguerite Saint-Léger, rue de Paris 10, Saint-Rémy-lès-Chevreuse (Seine et Oise) à Claude, Alger
Philip Fernande enfants et moi envoyons vœux et notre immense désir vous revoir bientôt. Très heureuse bonnes nouvelles par Anny. Très heureuse bien reposée tendresses.
Télégramme du 15 Décembre 1943. De Anny Saint-Léger, 228 rue Nationale, Lille. A Claude, Alger
Mon chéri, sommes bien désolé passer une 4° fois fêtes sans toi. Tu nous manques beaucoup. Santés bonnes. Enfants très gentils. Vie affreusement chère.
Tendresse
Télégramme du 17 Décembre 1943. De Joseph Barbier, rue de Lille, Pérenchies. A Claude, Alger
Tous vos amis Pérenchinois ont été très touchés de votre message. En ces heures très difficiles resserrons nos liens amitié et pensons beaucoup à vous.
Carte du 20 décembre 1943. Du Lieutenant Georges Lesur, prisonnier : 12.773 M.B 20 – à Claude, Alger
Cher monsieur,
Je viens de connaître votre adresse et c’est une bien grande joie pour moi de pouvoir vous donner des nouvelles de ceux qui vous sont chers. Au dernier courrier reçu (début décembre). Tous, et en particulier Madame Saint-Léger et votre famille étaient en excellente santé. Ayez donc tous apaisements de ce côté. Je vous en prie, Monsieur Claude, employez la carte réponse pour faire parvenir aux vôtres par mon intermédiaire des détails sur votre vie actuelle ; ils en sont avides et les nouvelles Croix Rouge sont si brèves. A Pérenchies, étant donné la pénurie des matières, la production horaire n’est plus que de 27 paquets d’où préoccupations sociales. Au seuil de 1944 je vous prie d’agréer tous les vœux respectueux que je forme pour vous. En ce 4e Noël de captivité je vous exprime ma confiance, que cette nouvelle année avec le retour parmi les notres et la paix rétablie verra l’accomplissement de tous nos espoirs.
Respects
Télégramme du 04 Janvier 1944. De Marguerite Saint-Léger, Saint-Rémy-lès-Chevreuse (Seine et Oise) à Claude, Alger
Très cher fils. Merci bonnes nouvelles. Père parfaitement communiqué : message Philip Simonne Jacqueline ravie voyez Antoine vous répondront. Désir ardemment retour Anny. Enfants très bien.
Le 5 Janvier 1944, Télégramme d’André Saint-Léger, 14 rue Lentonnet, Paris 9° à Claude, Alger
Heureux bonnes nouvelles sommes tous bonne santé. Les usines parfait état. Mère toujours assez souffrante à Saint-Rémy. Espère te revoir bientôt.
Baisers affectueux